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18/05/2020 Comments (0) Views: 44 Architecture, Autres, Technologie

Pour une architecture adaptée aux malentendants

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ 5% de la population mondiale (la bagatelle de 466 millions d’individus) souffrent de problèmes de perte d’audition, à divers degrés. Il existe des solutions permettant une attitude plus inclusive envers les malentendants, afin que les infrastructures qui les accueillent soient plus accueillantes, moins difficiles à appréhender en situation de handicap.

L’Université Gallaudet à Washington, une école pour malentendants de renommée internationale, a été l’un des premiers bâtiments publics à être conçus en suivant bon nombre de ces principes d’architecture inclusive. Depuis 2005, la faculté a développé le programme DeafSpace, en collaboration avec l’architecte Hansel Bauman. Il s’agit d’un portfolio d’environ 150 idées de design adapté aux malentendants, et couvrant des domaines comme l’orientation, le toucher, l’espace et la proximité, la mobilité, la lumière, les couleurs et l’acoustique.

DeafSpace : quelques exemples

  • Des lieux de conférence ou de spectacle seront davantage dessinés en demi-cercle ou en U plutôt qu’avec une disposition classique avec des rangées de sièges.
  • Dans les espaces publics conformes à ce design inclusif, des espaces sont prévus pour y converser en langage des signes. Par exemple en élargissant les couloirs ou en prévoyant des lieux de conversation adaptés. Par exemple en mettant à disposition un système de boucles d’induction, qui permet d’entendre une source sonore en s’affranchissant de la distance (dans les salles de spectacle), des phénomènes d’écho ou de réverbération (églises).
  • La tendance actuelle qui est de ne plus avoir de bureau dédié (hot desking) est par exemple assez peu recommandée, car la grande rotation empêchera que chacun intègre le fait d’avoir un collègue malentendant.
  • Dans la manière de dessiner les espaces de circulation, il faut favoriser des vues larges, pour que les informations visuelles puissent compenser l’absence d’informations auditives et assurer un meilleur contrôle de l’environnement visuel.
  • Les ascenseurs auront de préférence des parois transparentes, et les bureaux seront équipés de séparations vitrées ou au moins translucides, afin d’aider les malentendants à percevoir l’activité qui y règne.
  • Enfin, le design inclusif propose d’accentuer les phénomènes de réflexion (miroirs, surfaces lisses réfléchissantes) afin que la personne malentendante puisse mieux anticiper ce qui se passe hors de son champ de vision.

Diminuer la nuisance sonore

A l’aéroport de Chennai, en Inde, aucune annonce sonore n’est effectuée. © Thierry Tinlot

DeafSpace propose également une optimisation acoustique : dans des espaces publics (bureaux, administrations, collectivités), les réverbérations sonores sont facilitées par des surfaces lisses et peuvent être très gênantes pour quelqu’un qui a des soucis d’audition. Il faudra donc privilégier des matériaux soniquement absorbants et limiter l’utilisation de machines bruyantes (percolateur, haut-parleurs…). Dans un espace urbain « normal », nous évoluons sans cesse dans un univers bruyant (klaxons, sonneries, bruits de la rue, sirènes…). Certains signaux sonores peuvent être remplacés par des codes couleur, des panneaux ou du texte. Comme par exemple à l’aéroport de Chennai, en Inde. Aucune annonce n’y est faite au micro, tout se passe par affichage digital. Avec, en prime, une importante réduction du stress et de la pollution sonore.

Traduire le son en couleurs

Les nouvelles technologies jouent évidemment un grand rôle dans cette démarche. L’application espagnole Visualfy « traduit » par exemple tous les signaux sonores en signaux de couleurs. Le principe : trois capteurs, disposés dans les espaces de vie, identifient les sons de la vie courante comme la sonnette de la porte d’entrée, le téléphone, le micro-ondes, un réveil, un bébé qui pleure ou une alarme d’incendie. Et propose, sur le terminal de votre choix (télévision, ordinateur, smartphone…), une palette de couleurs, vibrations ou messages écrits, selon la manière dont l’utilisateur décidera de customiser son programme.

  • Visualfy, une appli espagnole qui « traduit » les sons en signaux lumineux. © Visualfy.
  • Visualfy, une appli espagnole qui « traduit » les sons en signaux lumineux. © Visualfy.
  • Visualfy, une appli espagnole qui « traduit » les sons en signaux lumineux. © Visualfy.
  • Visualfy, une appli espagnole qui « traduit » les sons en signaux lumineux. © Visualfy.

L’inclusion, ce n’est pas spécialement construire des bâtiments spécialement conçus pour les malentendants : c’est surtout imaginer comment éviter toute ségrégation dans un environnement quotidien, et le rendre accessible et agréable à toutes et tous. Sans restrictions.

Lien vidéo : Derrick Behm, responsable du bureau de planification et de design à l’université de Georgetown, parle de l’architecture adaptée aux malentendants.

 

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