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Charleroi © Maxime Delvaux

07/12/2020 Comments (0) Architecture, Autres, Culture, Immobilier

Nos villes sont-elles accessibles à tous ?

Nous avons demandé à Georgios Maillis, le bouwmeester de la ville de Charleroi, de lire et de commenter pour nous un article paru sur le site américain Bloomberg CityLab qui détaille la manière dont les villes modernes ont, peu à peu, amélioré l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite.

Que dit l’article ?

Avec la Covid-19, on a soudain vu éclore dans les villes des allées rendues aux piétons ou aux usagers faibles de la circulation, des trottoirs qui sont devenus des terrasses de café, des parkings transformés en aires de jeux ou de repos, des espaces urbains redessinés pour créer de la distance sociale… Ces modifications soudaines et improvisées font écho à des transformations urbaines apparues dans les années 50, généralement sous la pression  de groupes de défense des droits des personnes handicapées.

La plus emblématique de ces transformations urbaines, nous l’avons tellement intégrée que nous n’y pensons plus : ce sont les trottoirs rabaissés, qui permettent aux poussettes de bébé ou aux véhicules pour personnes handicapées – mais aussi aux simples vélos ou valises à roulettes – de circuler sans trop de mal. Historiquement, nos villes ont été construites pour des adultes en pleine possession de leurs moyens, sportifs et résistants. Pas pour des enfants qui jouent ou apprennent à marcher, ni pour des seniors pour qui la marche est plus difficile, ou encore des personnes à mobilité réduite… Une loi américaine, qui date seulement de 1990, a rendu obligatoire ces trottoirs rabaissés. Mais dans les années 40 déjà, des groupes de personnes handicapées, et notamment les vétérans de la 2e Guerre Mondiale, réclamaient à corps et à cri des villes davantage adaptées aux PMR.

On citera enfin d’autres exemples d’adaptation urbaine aux PMR : les bus dont le marchepied est extensible pour permettre aux poussettes de monter, les escaliers d’accès aux bâtiments publics qui sont doublés de rampes à pente douce, les zones 30 qui protègent les usagers faibles…

Georgios Maillis, bouwmeester

Que dit le bouwmeester ?

Nous avons ensuite demandé à Georgios Maillis, bouwmeester de Charleroi depuis 2013, de lire cet article et de nous expliquer comment il envisage l’accès urbain pour tous. « Je ne réfléchis pas à quel endroit sera accessible à qui et comment. Elargissons la notion de PMR : toutes et tous, à un moment de notre vie, nous allons être une personne à mobilité réduite. Que ce soit comme enfant, après un accident de ski, après une naissance (la poussette), en vieillissant… Il ne faut donc pas réfléchir en termes d’accessibilité pour tel ou tel type de personne mais plutôt penser un centre urbain comme un ensemble qui concerne tout le monde et tout le temps. »

Ce n’est pas le cas ?

« Non, car le problème principal des villes modernes, c’est qu’elles ont été conçues non pas comme un tout mais de manière morcelée. Tel entrepreneur s’est concentré sur la route qu’il devait construire ; tel architecte sur la maison qu’on lui a commandée ; tel ouvrier de la voirie sur le pavé qu’il devait poser à tel endroit… Tout le monde a bien fait son boulot, mais personne ne s’est concerté. Et donc nos villes sont l’addition de petits espaces, de cahiers des charges juxtapposés… »

Quelle est votre proposition face à ce morcellement ?

« Nous essayons ainsi, depuis quelques années, d’inciter tous les intervenants qui construisent et transforment nos quartiers, qu’ils soient publics ou privés, à réfléchir ensemble sur ce qu’est un espace public, comment il fonctionne et à quoi il sert. Pour qu’à l’arrivée, un environnement urbain soit évident pour tous et non plus une collection d’obstacles les uns derrière les autres. »

Charleroi © Maxime Delvaux

Charleroi © Maxime Delvaux

Un exemple vertueux qui illustre cette philosophie ?

« Oui, la Ville Basse à Charleroi. Qui a été redessinée et refaite pour que chacun puisse y vivre, travailler, circuler, consommer… et que tout soit fluide et facile. L’article parlait de la manière dont la crise sanitaire a modifié les trottoirs et terrasses : nous avons, il y a des années, mis au point une Charte des enseignes et des terrasses, en supprimant notamment la taxe communale et en proposant aux commerçants d’investir l’espace public, au bénéfice des consommateurs et des citoyens. »

Et un contre-exemple ?

La Ville Haute dans son état actuel, dont la rénovation va démarrer prochainement, notamment avec le développement du projet Charleroi District Créatif.

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