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Lyon : une métamorphose à l’horizon 2030

Lyon : une métamorphose à l’horizon 2030

Bruxelles : à l’aube d’une révolution ?

09/02/2016 Comments (0) Mobilité

Bruxelles : à l’aube d’une révolution ?

Bruxelles et son centre-ville vont-ils bientôt connaître une vraie rupture urbaine ? Des changements majeurs s’annoncent en tout cas avec le plan de réaménagement du centre-ville, la piétonnisation des boulevards du centre et le plan de circulation actuellement en test. Quels sont les enjeux ? Voici quelques pistes de réponses illustrées par plusieurs visions du futur bruxellois.

Réappropriation des espaces publics par le citoyen, qualité de vie, mobilité, redynamisation économique, patrimoine architectural… Les enjeux du développement urbain de Bruxelles sont nombreux et bien souvent intimement liés. Et sur le terrain, les choses bougent, avec la récente présentation des projets d’aménagement du centre-ville qui doivent être finalisés en 2018… et depuis le 29 juin 2015 un premier test de 8 mois du plan de circulation lié à la piétonnisation des boulevards du centre.

Rendre la ville et ses places publiques au citoyen

Quels sont les grands axes du plan de réaménagement du centre ville ? Els Ampe, Échevine de la Mobilité à Bruxelles : La zone piétonne est doublée et passe à 50 hectares, de la place Fontainas jusqu’au boulevard Adolphe Max. Notre objectif est de rendre la ville et ses places publiques au citoyen. Plus de convivialité donc, notamment avec des espaces verts sur les boulevards qui passent d’une surface de 200 à 3250 m2, mais aussi la mise en valeur du patrimoine architectural et la redynamisation du commerce du centre-ville. Nous voulons réduire le trafic de transit dans cette zone du centre-ville en encourageant les moyens de mobilité douce : création de 3 kilomètres de pistes cyclables, optimisation de la desserte STIB, pentabus – c’est à dire un bus entièrement dédié à la circulation à l’intérieur du pentagone – circulant le long de la zone piétonne… Nous prévoyons aussi des dépose-minutes, par exemple devant les écoles et les hôpitaux, et un accès automobile conditionné pour les riverains du pentagone. »

Bruxelles symboliquement réunie

La piétonnisation du centre-ville permettra-t-elle à Bruxelles de s’inscrire dans un changement de paradigme déjà expérimenté ailleurs ? Patrick Bontinck est CEO de visit.brussels, l’agence de communication du tourisme de la Région bruxelloise, et a un avis clair sur la question. « Il s’agit d’une formidable opportunité pour la ville et la région de Bruxelles. Pourquoi ? Parce que cela permet à l’humain de se réapproprier la ville, en occupant l’espace des grands boulevards et de ses artères qui, depuis 1958, était de plus en plus réservé à la voiture. Ici, la volonté de marquer une réelle différence est bien présente : la piétonnisation ne se limite pas à quelques ruelles. Elle réunit le centre-ville et le canal, qui étaient jusqu’alors séparés par un grand axe routier. Cette symbolique d’homogénéisation est importante pour notre capitale. Bien évidemment et comme dans tout grand projet de changement à long terme, il y aura peut-être des difficultés ponctuelles. Mais il est essentiel que Bruxelles ne soit pas dans quelques années une des dernières grandes villes européennes dont le cœur historique est traversé par une artère automobile. »

Le point de vue mitigé de l’ARAU

Si le principe de la piétonnisation ne semble pas poser problème, certains avis sont plus critiques pour d’autres aspects du projet. C’est notamment le cas du côté de l’Atelier de Recherche et d’Actions Urbaines. « Depuis 1969, l’ARAU défend le droit de vivre en ville dans de bonnes conditions », explique Isabelle Pauthier, sa directrice. « Paradoxalement, le plan de la ville risque de privilégier l’accès à la zone piétonne en voiture, à cause notamment de l’absence d’un accord complet avec la STIB, mais aussi de la création de nouveaux parkings alors qu’il existe déjà 20.000 places dont le taux d’occupation culmine à 60 %. Le plan de circulation comprend une boucle à sens unique, ce qui facilite la vitesse, comme on le constate déjà sur les boulevards Jacqmain et Max. Par ailleurs, la volonté de développer prioritairement l’attractivité commerciale, touristique et événementielle du centre-ville posera problème si elle se fait au détriment d’autres axes, comme celui de la qualité de vie. Nous déplorons également les études non conformes au prescrit légal, le mode autiste de consultation et l’absence d’enquête publique qui explique le recours introduit au Conseil d’État. Nous préconisons un mix de mobilité douce : de vraies infrastructures pour les déplacements cyclistes entre le Nord et le Sud et dans lesquelles les piétons auront aussi leur place, mais également un tram de surface omnibus entre le Wiels et Tour & Taxis pour retrouver le contact avec les commerces du centre. Quant aux lignes souterraines du pré métro, elles pourraient dès lors limiter leurs arrêts aux seules stations desservies par le métro (Midi, De Brouckère et Rogier). »

pietonnier-02web

De l’appel digital au pique-nique urbain

D’autres formes de revendications résolument dans l’air du temps se sont aussi cristallisées autour de la question du piétonnier. « Le point de départ de Picnic the streets, c’est une carte blanche de Philippe Van Parijs appelant la génération numérique à se mobiliser en faveur d’un Bruxelles à l’échelle du citoyen », explique Bram, l’un des initiateurs du mouvement. « Un groupe Facebook a été créé et s’est rapidement transformé en événements, à savoir des pique-niques géants organisés au centre de Bruxelles, piétonnisé par la force des choses. Mais cette partie visible de notre action n’est pas une fin en soi. Nous défendons la création d’espaces et des politiques pour une vraie réappropriation citoyenne de l’espace urbain. Notre avis sur le plan ? Oui mais non ! Oui, car nous sommes pour la piétonnisation, mais non à cause du côté bling bling du projet ciblant principalement les touristes et les consommateurs et qui est trop favorable à l’automobile ».

Une initiative audacieuse

Quel que soit le sort qui sera réservé au piétonnier bruxellois, l’initiative a le mérite de susciter le débat. « Il en est toujours ainsi, aussi bien soit préparée la décision, aussi consensuelle soit l’approche. Il en est toujours ainsi dans une ville qui bouge, une ville qui ose, une ville qui tente, une ville qui se réinvente. Essai, erreur, adaptation, n’est-ce pas là les étapes naturelles qui rythment le chemin du succès ? », observe Stéphan Sonneville, CEO d’Atenor, qui salue l’audace dont ont besoin les villes comme Bruxelles pour réussir leur nécessaire mutation. Il poursuit en guise de conclusion :

« Je tairai ici ce que je pense du piétonnier de Bruxelles, un avis nuancé assurément, pour être plus catégorique sur la démarche. Oui, Bruxelles, plus que toute autre ville, a besoin de responsables qui prennent des risques, qui décident, qui mettent en œuvre. Oui, il faut parfois reconsidérer ce qu’on pensait immuable pour découvrir de nouveaux possibles. Ce piétonnier est un projet controversé, mais sous-tendu par une vision forte d’une ville agréable et attirante pour les habitants, les visiteurs, les entrepreneurs, etc. En cela, le lancement du piétonnier s’apparente à un acte d’entreprise audacieux. Plus que la richesse, le bien-être des uns est une valeur qui se crée par l’audace, la vision et le courage de certains. »

Photos © Aurore Martignoni

Interview : Yvan Mayeur, bourgmestre de Bruxelles

Yvan Mayeur

Quels enseignements tirez-vous des premières semaines d’expérimentation du piétonnier dans le centre-ville de Bruxelles ?

« Deux mois après le lancement du piétonnier, nous constatons un apaisement en ville, un changement dans le comportement des usagers du centre-ville et une toute nouvelle atmosphère qui s’y dégage : loin du stress, les promeneurs se posent sur les boulevards, profitent des infrastructures temporaires déployées, des activités organisées. Nous avons l’impression que les citoyens prennent plus le temps et ne parcourent désormais plus le centre-ville dans l’empressement.

Grâce à la météo clémente cet été, le centre-ville a vu la présence des Bruxellois, des visiteurs belges ou étrangers, augmenter de façon considérable. C’est ce que nous voulons bâtir à terme pour Bruxelles : un foisonnement culturel et économique. Une ville doit vivre, être animée, dynamique et non être désertée par les habitants.

Cependant, nous avons conscience qu’un tel projet de redéploiement urbain ne peut se faire en un jour. Avec les riverains, les commerçants, les experts et les techniciens engagés sur le projet, nous allons tirer les leçons de l’usage effectif, depuis le 28 juin 2015, de la nouvelle zone piétonne et de ses alentours. Analyser la situation sur le terrain et être à l’écoute de la Ville, de ses habitants est primordial pour pouvoir offrir un nouveau cœur urbain qui soit le plus adapté aux besoins de chacun. »

Votre implication personnelle dans ce dossier a été très forte, au risque de vous exposer à la critique. Pensez-vous que Bruxelles, et la Belgique de manière plus générale, a pu parfois souffrir d’un manque d’initiatives fortes pour forcer son destin ?

« Le changement fait peur car il est synonyme de renouveau, d’inconnu, mais aussi de modifications de nos habitudes, de notre routine quotidienne. Pourtant, il faut oser le changement pour faire évoluer une ville. Peut-on encore, au 21e siècle, vivre dans une ville bâtie sur un modèle du 19e ?

Nos modes de vie ont changé, nos besoins également. C’est donc la façon d’appréhender le « vivre en ville » dans son ensemble qui doit être repensé. Bien plus qu’un projet de mobilité, ou de réaménagement urbain, c’est un projet de vie que la Ville de Bruxelles souhaite construire pour ses habitants. Les adaptations sont encore récentes, les aménagements définitifs doivent débuter au printemps 2016. D’ici l’inauguration définitive du nouvel espace piéton réaménagé, en 2018, la Ville poursuivra son travail auprès des habitants, des commerçants, des acteurs culturels et économiques du centre-ville pour fournir une réponse cohérente et adaptée à leurs besoins. »

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